Dans un contexte spécifique, quelle a été la démarche des parcs nationaux qui ont participé à l'étude 1996 ?


4.1.1 Les études de fréquentation pour les Parcs concernés :

- 3 parcs nationaux ont convenu de s'associer pour réaliser l'enquête de 1996 : les Parcs nationaux des Ecrins, des Pyrénées et de la Vanoise. Pour deux de ces Parcs, cette étude s'est placée dans la continuité d'études précédentes: deux études en 1975 et 1992 pour le Parc national des Pyrénées, en 1979 et 1991 pour le Parc national des Ecrins.

- L'évolution du contenu des études terrain illustre assez bien les changements progressifs intervenus dans l'approche du public par ces Parcs nationaux: en 20 ans, on passe d'une approche plutôt « Tour d'Ivoire» à une prise en compte croissante de l'environnement.

 

 

 

 

 

Phase 1 : mise en route et cadrage méthodologique (1975 pour les Pyrénées, 1979 pour les Ecrins).
Les observations sont principalement quantitatives, il y a peu de qualitatif (CSP, pratiques touristiques). Les questions posées ne s'intéressent qu'au parc, au travers de ses visiteurs: combien sont-ils, quelles sont leurs satisfactions et leurs attentes à l'égard du parc. On est encore dans un raisonnement en système fermé: le Parc national se vit comme une entité spécifique, autonome, quasi indépendante de son environnement.

Phase 2 : la méthodologie s'affine au plan quantitatif, la dimension qualitative s'étoffe.
En 1981, une enquête qualitative (enquêtes et interviews dans les parcs et hors des parcs) est réalisée par le Centre de Communication Avancée sur plusieurs Parcs nationaux avec comme objectif d'attirer l'attention des gestionnaires sur la nécessité de communiquer avec des publics plus larges que les seuls habitués. En 1991 et 1992, les Parcs nationaux des Ecrins et des Pyrénées réalisent chacun une étude à la fois quantitative et qualitative des visiteurs avec analyse des comportements de promenade, de la perception du Parc national, des attentes. Si plusieurs aspects méthodologiques seront repris en 1996 (points de comptage routiers, éléments de questionnaires), on est encore en système fermé : il n'y a pas ou peu de prise en compte de l'environnement large. On s'intéresse davantage au public pour lui-même, en essayant de découvrir ses aspirations, ses motivations. Le public devient un élément du système dont on a la charge.

Phase 3: ouverture et élargissement méthodologique.
On dispose à présent de 3 enquêtes successives pour deux des parcs concernés, avec des données relativement compatibles. L'approche qualitative s'approfondit avec la prise en compte de tendances socio-culturelles nationales. On élargit l'analyse à l'environnement large avec une analyse du « vivier » de clientèle à l'échelle nationale. Cet élargissement se limite au territoire national et les visiteurs issus des pays voisins ne sont pas encore intégrés à l'enquête qualitative (ils sont cependant pris en compte dans l'enquête quantitative). Les parcs se vivent plus comme des systèmes ouverts: le public est non seulement un élément de l'espace dont on a la charge, une des deux composantes de la mission, mais également un facteur d'interaction avec l'environnement, un flux d'échanges en allers-retours. Cette logique peut probablement être poursuivie davantage (qu'apportent-ils aux Parcs, que leur apportent les parcs, quels facteurs d'interaction constituent-ils avec l'environnement de l'Espace ?).

4.1.2 Le contexte de ces Parcs

- La gestion de la fréquentation touristique peut être comprise comme faisant partie intégrante de la mission des Parcs (accueil, pédagogie, lien avec la nature) et à ce titre être un élément de la planification des Parcs :

" L'objectif prioritaire des Parcs nationaux est de contribuer, à l'échelle locale, nationale et internationale, à la conservation du patrimoine naturel et en particulier de la diversité biologique, tout en contribuant au développement de comportements respectueux de ce patrimoine.

Le caractère prioritaire de la conservation du patrimoine naturel ne doit pas masquer d'autres enjeux majeurs pour les parcs nationaux: le caractère du territoire, les paysages, le patrimoine culturel ... /... Gérer un espace protégé, c'est agir (ou ne pas agir) avec les partenaires locaux pour conserver voire augmenter sa valeur patrimoniale." 3

 

- Dans chacun des parcs partenaires de cette étude, l'étude de fréquentation est ainsi apparue comme un élément constitutif de la gestion de l'espace et de la programmation des aménagements à moyen terme. Elle est également perçue comme un levier d'interaction, de collaboration, voire de négociation avec l'environnement institutionnel et socio-professionnel du Parc national. * Cette perception de la fréquentation et la place des études de fréquentation est variable selon les Parcs. Elle dépend pour une large part du contexte local et de la position du Parc national vis-à-vis des communes avoisinantes. Dans certains cas, le Parc national peut être perçu comme une source de connaissances techniques (faune, flore,) et sociologiques (patrimoine culturel, connaissance des visiteurs) pour son environnement proche (Comités Régionaux de Tourisme, Offices du Tourisme et Syndicats d'Initiative, communes et stations). Pour autant, les moyens mis et résultats disponibles ne pèsent pas lourd face aux énormes budgets de l'industrie du tourisme avoisinante (pour le Parc national de la Vanoise notamment). Dans tous les cas, et les dernières études réalisées par les Parcs nationaux le démontrent, des études de fréquentation cohérentes et renouvelées constituent, de façon certaine, un lien de collaboration et de partenariat entre les Parcs et les institutions locales.

4.1.3 La démarche employée

- Un groupe de travail inter-parcs a été constitué à l'initiative de l'AFIT4 sous la maîtrise d'oeuvre déléguée du SEATM5. Ce groupe de travail a réuni les 3 Parcs et des consultants de la Cofremca, le bureau d'études qui a participé à cette opération.

- A partir d'objectifs spécifiques à chacun des parcs, ce groupe de travail a mis au point une méthodologie et un planning de recueil de l'information communs, que ce soit pour les données quantitatives (comptages) ou qualitatives: 2760 personnes seront interviewées dans les 3 parcs entre juillet et août 1996. Cette enquête sur le terrain sera rapprochée des résultats d'une enquête nationale qui eut lieu en juillet 1996 et au cours de laquelle un échantillon de 1 000 personnes, représentatif de la population française, a été interrogé.

- Le traitement commun des données se limitera aux résultats inter-parcs, chaque parc assurant par la suite le traitement de ses données spécifiques (analyses par sites, rapprochement avec les données antérieures etc.). Cette étude a ainsi permis de réunir des données globales (analyse macro) conjointement à des données spécifiques par site (analyse micro).
Le nombre significatif de personnes interrogées sur les 3 parcs (près de 2 800) a permis de dégager des tendances comportementales fiables et d'en analyser la répartition entre les parcs.

- La restitution des résultats a donné lieu à la publication de rapports élaborés par les Parcs et une présentation orale sous forme de réunions, similaire pour les Parcs des Ecrins et de la Vanoise.

                                                                                                                   

3 ln Guide Pratique des plans de gestions des parcs nationaux ATEN décembre 1997.
4 Agence Française de l'Ingénierie Touristique dépendant du Ministère du Tourisme.
5 Service d'Etudes et d'aménagement du Tourisme de Montagne dépendant du Ministère du Tourisme.

La conception de l'étude


4.2.1 Une étude inter-parcs

- L'approche inter-parcs a permis différentes démarches comparatives entre les données globales et les données plus spécifiques aux parcs, chaque parc assurant de son côté l'analyse « micro» (site par site). Elle a, par exemple, permis de révéler le peu de différences entre les parcs, les visiteurs ayant dans leur grande majorité des comportements et des attentes similaires, dûs notamment à une grande mixité dans les pratiques: on est d'abord un visiteur d'espaces protégés quels qu'ils soient avant d'être un adepte d'un espace particulier, même si cette pratique reste centrée sur un espace de prédilection.

4.2.2 Intégrer le « vivier de clientèle » des parcs

- La mise en commun des moyens a permis d'ouvrir notablement le champ de l'enquête: on a ainsi pu intégrer une étude des visiteurs potentiels au plan national.

- Cette analyse a permis de comparer et de rapprocher les profils et les intentions. Par exemple, si l'écart est important entre les intentions déclarées (oui je visiterai un parc national) et le passage effectif à l'acte, on a pu démontrer la grande similitude des profils comportementaux entre les visiteurs potentiels et les visiteurs réels: tous sont fortement centrés sur le respect et l'écoute de la nature, sur l'autonomie, sur l'effort détendu et convivial.

4.2.3 Enrichir le qualitatif : intégrer le socioculturel

- Cette même mise en commun a également permis d'élargir le champ des investigations aux données socioculturelles, susceptibles d'être des variables fortement explicatives des comportements de demain.

- Si les profils socioculturels sont relativement homogènes et montrent peu de différences, ces données ont notamment permis d'affiner l'estimation des risques d'impact sur le milieu dû aux comportements des visiteurs et de préciser les priorités en termes d'aménagement et de manifestation du gestionnaire de l'espace en tant qu'institution.

- La dimension socioculturelle de l'étude qualitative a fait porter le choix du cabinet sous-traitant sur la société Cofremca, disposant d'une bonne expérience dans ce domaine, qui a participé à la conception de l'étude, assuré le traitement et l'analyse de l'enquête sentier. Elle a en outre confié la réalisation et le traitement statistique de l'enquête nationale à sa filiale Démoscopie, spécialiste des enquêtes quantitatives.

4.2.4 Une limite : l'exclusion des visiteurs étrangers de l'étude qualitative

- Du fait de la taille de l'étude, les visiteurs étrangers ont été exclus de l'analyse qualitative. Leur intégration aurait en effet nécessité de prévoir différents questionnaires et le recours à un personnel polyglotte, ce qui n'était pas envisageable dans le contexte de l'étude. Les visiteurs étrangers ont par contre été intégrés à l'étude quantitative (décompte des véhicules sur les parkings et des visiteurs sur les sentiers).

 

La préparation logistique


- Comme il a été précisé plus haut, cette étude a nécessité une préparation et une organisation logistiques importantes: 2760 visiteurs ont été interviewés (1 057 à la Vanoise, 715 aux Ecrins, 990 dans les Pyrénées).

- Contrairement aux enquêtes précédentes, le choix a été fait d'organiser le recueil d'informations par équipes tournantes (en général 3 équipes de 2 enquêteurs plus un compteur, avec un coordinateur ou coordinatrice par parc). Ce choix a été motivé par le fait que, dans l'ensemble, on disposait déjà de résultats quantitatifs fiables, et que cette méthode permettait de maximiser la couverture géographique de l'enquête.

- Les parcs ont assuré la sélection des sites, des sentiers et des points de comptage, essentiellement à partir des expériences accumulées précédemment. Ils ont assuré le recrutement et la formation des enquêteurs (avec l'assistance du cabinet sélectionné).

- Le budget interne par parc a été relativement important. Les postes budgétaires cités ci-après ne constituent qu'une photo pour une année n et ne tiennent pas compte d'une vision budgétaire plus dynamique répartie sur plusieurs années.

- De fait, le dispositif d'enquête, assez lourd, a souvent demandé, en plus des personnels recrutés pour l'occasion, d'avoir recours à des agents des secteurs et de la Direction pour compléter les comptages sur les sentiers et les parkings.

- Ainsi, le budget interne global par parc fut de l'ordre de 170000 F H.T. en coût direct auxquels il aurait fallu ajouter 120 à 200 000 F qui représentent le coût de 14 à 18 compteurs routiers ainsi que la sortie des données associées. Ce coût additionnel a été évité par le partenariat mis en place entre les DDE et les Parcs nationaux.

 

NATURE DE LA DEPENSE INTERNE

NATURE DE LA DEPENSE EXTERNE

PRE-PRODUCTIONPRE-PRODUCTION
réflexion préalableinterviews internes dans l'Etablissement Public.
élaboration du cahier des chargesréunions de préparation - dimensionnement du projet
appel d'offresélaboration du questionnaire et codage
sélection des prestatairesenquêtes à blanc (test)
élaboration du questionnairetraduction du questionnaire
édition du questionnaire
PRODUCTIONPRODUCTION
Coordinateur avant-pendant et après l'enquêteformation et briefing enquêteurs
Enquêteurs pendant la durée de l'enquête (+ briefing)accompagnements sur le terrain
Frais de repas et panierrelecture des questionnaires
Mise à disposition véhiculessaisie des questionnaires
Carburanttraitement informatique
Fournitures administrativesanalyse tris à plat
Réunions et frais diversanalyse tris croisés
Matériels analyses complémentaires (AFC, typologies)
Achat de compteurs routiers
(années n, n+ 1, n+2 " .)6
présentations intermédiaires et vérification des incohérences
Coffres pour compteurs routiers7finalisation des résultats
maintenance des compteursfourniture des rapports d'analyse et des tris organisés
Matériels divers : cadeaux aux interviewésfourniture des fichiers informatiques (données brutes + tableaux)
Prestations gratuites 
assistance et accompagnement par des personnels de l'Etablissement Public 
partenariats DDE, communes 
POST-PRODUCTIONPOST-PRODUCTION
participation aux analyses (temps passé + logiciels)participation éventuelle aux restitutions internes et externes
traitement interne (temps passé)documents de communication (dossiers de presse, brochures...)
stockage des données 
restitutions internes et externes 
communication et édition 
total : environ 170 000 F en coûts directstotal : 400 000 F soit 133 000 F par Parc national

 

Le recueil des données


4.4.1 Au plan quantitatif : les comptages

 

 Les EcrinsLa VanoiseLes Pyrénées
Compteurs routiers comptage heure par heure, 24h/24221417
Choix des datesdu 14 Juillet au 18 Aoûtdu 1er Juillet au 31 Aoûtdu 1er Juillet au 31 Août
Choix des sites16 sites (8 mineurs, 8 majeur22 sites avec prise en
compte des principaux accès (GR55)
15 sites
Comptages parkingsrelevés heure par heure1 seule fois par jour aux moments de pointe (14-15h)1 seule fois par jour aux
moments de pointe
(14-15h)
Comptages sentiers3 sur sites mineurs
5 sur sites majeurs, entre 10h et 17h
10 comptages par site  entre 8h et 18 h5 comptages par site entre 9h et 19 h


  • Note sur le choix des dates

- Les dates prévues pour l'enquête ont permis d'identifier les jours de pointe au niveau local (jours fériés et week-ends), les pointes au niveau national (grands départs), en alternance avec des souspériodes plus creuses et en tenant compte de facteurs externes (passage du Tour de France dans les Alpes).

  • Note sur le choix des sites

- Le choix des sites a reposé sur les critères suivants :

  • représentation significative de tous les secteurs ;
  • existence d'un compteur routier sur l'itinéraire d'accès (dans la majorité des cas) ;
  • des sites incontournables (déjà étudiés en 1991) ;
  • des sites jamais enquêtés mais considérés comme intéressants.
     
  • Note sur les comptages parkings

- Ils ont été menés en même temps que les comptages sentiers sur les mêmes sites.
- Ils ont été effectués le plus souvent par les agents des Parcs.
-La méthodologie utilisée par les Parcs nationaux de la Vanoise et des Pyrénées semble la plus légère et la plus adaptée. On pourra éventuellement la remplacer par une méthode alternative à partir de comptages routiers si la configuration des lieux le permet (voir "les enseignements pour de futures enquêtes" ).

  • Note sur les comptages sentiers

- Il est important de respecter la proportionnalité entre les sites: comptages et enquêtes doivent respecter le poids de l'itinéraire sur l'ensemble de l'espace protégé. En l'absence de données (elles seront déterminées par la première enquête), il convient de faire des hypothèses.

- De même, il n'est pas nécessaire de viser à l'exhaustivité : il est plus adapté de chercher à représenter la diversité des sites.

- Un rythme de 10 comptages par site semble être un optimum. En deçà, le nombre de comptages ne permet pas d'établir des séries chronologiques satisfaisantes. Avec 10 comptages, il a été possible pour le Parc national de la Vanoise, de tenir compte de la diversité des situations pour un même site. Le fait remarquable a été que l'ensemble des observations a reporté un ratio r stable (voir "L'Analyse : Les rations de corrélations") quelles que soient les circonstances: il est clairement un ratio r spécifique à chaque site.

- Il est prudent d'étaler les comptages sur la plage horaire la plus large possible et commençant le plus tôt possible (en montagne, les départs sont souvent matinaux) : 8h-18h semble être assez proche de l'optimum

- Les comptages sentiers ont été mis en place à environ 15 minutes de marche du parking, de préférence à une bifurcation (prise en compte du détail des itinéraires).

- Les montées et descentes ont été différenciées.

Notons que par souci de cohérence, les parcs se sont accordés sur la méthodologie suivante : la fréquentation du Parc national a été mesurée en prenant en compte les personnes marchant sur les sentiers, avec comme unité de base pour la mesure, la visite, c'est-à-dire la présence en zone centrale d'un individu un jour donné.
La somme des visites et leurs extrapolations sur l'ensemble de la saison a ainsi défini « la charge touristique » estivale du sentier ou encore le nombre de personnes ayant, sur l'été, foulé un secteur donné du Parc national.

4.4.2 Au plan qualitatif 8 : les questionnaires

  • L'enquête nationale

L'échantillon
Il a été constitué de 1 000 personnes représentatives de la population âgée de 15 ans et + (méthode des quotas). Les interviews ont été réalisées au téléphone entre le 20 et le 31 juillet 1996 (omnibus).

Les critères de choix de la période : 

- se situer en amont des vacances pour éviter la pollution des réponses par des souvenirs récents (privilégier le sentiment général dans les questions abordées, minimiser le filtre" stations») ;

- se situer au plus près des vacances pour maximiser l'intérêt porté aux questions posées ;

- se situer au plus près des dates d'enquête pour éviter d'éventuels effets de circonstance qui auraient pu gêner le rapprochement entre enquêtes sentiers et enquête nationale.

Le questionnaire (cf. annexe 1)
- 17 questions dont 12 relatives aux parcs nationaux et 5 concernant le socioculturel;

- questions communes au questionnaire sentier : 7 questions « attitudes» et 20 items socio-culturels (sur 29) (questions socioculturelles moins nombreuses) 

- objectif : faciliter les rapprochements et les analyses entre les visiteurs réels et les visiteurs potentiels.

  • L'enquête sur sentiers

L'échantillonnage
Les enquêteurs se sont placés au départ des sentiers, de préférence sur un axe commun à plusieurs destinations.
Ils ont interrogé un visiteur par groupe de retour d'une promenade. A chaque fois, ils sélectionnaient le 1er groupe à passer devant un repère fixe après la fin de l'interview précédent.
Sur chaque site, 50 questionnaires étaient prévus au minimum.

Le questionnaire (cf. annexe 2)
Plusieurs des questions des enquêtes de 1992 (Ecrins et Pyrénées) ont été assemblées et reprises dans le questionnaire commun.
Il comportait 
:

- une partie en face à face (administrée par l'enquêteur), une partie socio-culturelle auto-administrée (l'enquêté répond directement au questionnaire qu'il lit),

- 42 questions (pour la partie comportementale),

- 5 questions d'identification,

- 7 questions de pratique touristique (hébergement fréquence de séjour, mixité des parcs),

- 15 questions sur les pratiques de randonnée (destination, difficulté),

- 15 questions sur la perception du Parc national (missions, réglementation),

- 5 questions socioculturelles (50 items).

                                                                                                                         

8 L'appellation "qualitative" repose sur le type d'information recuellie et non sur la méthode de recueil de l'information: une méthodologie qualitative, de ce point de vue, serait davantage de l'ordre de l'exploration en profondeur par interviews individuelles, réunions de groupes etc.

L'analyse


4.5.1 Le traitement « à plat » et les tris croisés

  • Lors de l'étude de 1996, c'est la Cofremca (organisme chargé de l'étude) et l'Institut Français de Démoscopie (société du Groupe Cofremca) qui ont procédé au recueil et à la saisie des données. Le traitement statistique (tris croisés, typologie, etc.) a été réalisé par la Cofremca. Cette dernière a ensuite rédigé un document rapportant l'analyse des résultats des deux enquêtes. Cette analyse était accompagnée d'axes de réflexions opérationnelles et ne portait (sauf exception) que sur des données transversales, communes à l'ensemble des parcs. Le rapport présentait en annexe les principaux tableaux et tris sur lesquels se fondait l'analyse.
  • Chaque parc pouvait, s'il le souhaitait, procéder à des analyses complémentaires à partir des tris à plat remis ou à partir de la disquette informatique comportant les différents tris.

4.5.2 Les ratios de corrélations

- Entre les accès et les parkings

Les comptages routiers étaient permanents et on disposait de comptages effectués sur les parkings.

D'où la possibilité de calculer le rapport existant entre le trafic routier et la charge du parking

Appliqué aux totaux mensuels de trafic routier, ce rapport permet d'obtenir l'encombrement des parkings (en supposant la stabilité du rapport).

Pour obtenir le nombre de visiteurs, il faut multiplier le nombre de véhicules par le nombre moyen de passagers par véhicule. Ce ratio a été de 3.1 pour le Parc national des Ecrins, de 3 pour le Parc national des Pyrénées. Il a été compris entre 2.2 et 2.7 pour le Parc national de la Vanoise selon l'importance du « bruit de fond » .

- Entre les accès et les sentiers

Il s'agit là d'établir un rapprochement entre le nombre de visiteurs et le nombre de randonneurs.

Le même principe que pour les parkings a été retenu: les comptages routiers étaient permanents et on disposait de 2 ou 3 comptages effectués sur les sentiers.

Pour les sentiers sur lesquels il n'y a pas de comptage, des estimations ont été faites, basées sur la connaissance des agents de terrain.

Il était alors possible de calculer le rapport existant entre le trafic routier et la fréquentation pédestre des sentiers.

Appliqué aux totaux mensuels de trafic routier, ce rapport permettait d'obtenir la fréquentation mensuelle des sentiers (en supposant la stabilité du rapport). A partir de ces résultats, on pouvait calculer la fréquentation totale sur toute la saison.
Ex : calcul de r qui est le ratio moyen trafic routier / flux pédestre obtenu les jours d'enquête. Ce ratio est stable dans le'temps, variable dans l'espace (selon les sites). Ce ratio devrait être réétalonné tous les 5 ans environ avec un système de suivi fiable (on pourra ultérieurement réduire de moitié le nombre de compteurs routiers).

Mi: nombre de montées au jour j (obtenu par le comptage sur sentiers)
Di: nombre de descentes au jour j (idem)
Ri: passages routiers au jour j (obtenu par le compteur routier)
R : passages routiers totaux (idem)
n : nombre de jours d'enquête

Fréquentation globale du sentier : S = R.r (R est à diviser par deux car montées + descentes). On pourra éventuellement pondérer en fonction des jours creux (semaine) et pleins (week-ends).
Une autre formule, plus simple, permet de tenir compte de la somme des observations entre les bornes horaires (ici 8h et 18h) : r est fixe pour chaque site, R est observé, S est déduit.

Si l'on recherche le nombre de visiteurs, il suffit de multiplier R/2 (trafic routier total) par le nombre de passagers dans le véhicule.

Notons que l'extrapolation des résultats peut également être calculée à partir d'une fréquentation moyenne sur les jours d'enquête (cf. enquête 1979). Les résultats sont a priori moins fiables (les jours d'enquête ne sont pas exactement représentatifs de l'ensemble des jours d'été, surestimation globale).

Un exemple de restitution comparatif entre sites dans les Ecrins

4.5.3 Les rapprochements typologiques

- Une analyse typologique a permis de constituer 5 groupes typologiques dans le « vivier» de visiteurs potentiels (enquête nationale) et 4 groupes typologiques pour l'enquête sur sentiers sur 3 axes (perception de la nature, activité, intérêt pour la nature).

Groupes typologiques "visiteurs potentiels"

Groupes typologiques des randonneurs

les acquis (17% de la population nationale)

les pédagogiques découvreurs (26% des randonneurs)
les occasionnels (22% de la population nationale)les fidèles promeneurs (27% des randonneurs)
les distants (15% de la population nationale)les jeunes sportifs (24% des randonneurs)
les réfractaires (27% de la population nationale)les touristes peu motivés (23% des randonneurs)
les non concernés (19% de la population nationale) 


- Un traitement par analyse factorielle des correspondances a permis de rapprocher ces différents groupes des attentes, des pratiques, des profils socio-culturels et des perceptions des parcs concernés.

 

La présentation des résultats

 

- Une synthèse générale inter-parcs a été rédigée par le sous-traitant. Elle a été présentée à différentes reprises, assortie de transparents. Cette synthèse a présenté des comparaisons d'une part entre les différents parcs et d'autre part entre les visiteurs potentiels et les randonneurs.

- Des synthèses propres à chaque parc ont été réalisées par chacun des parcs, avec un traitement spécifique par secteur et points d'accès. Ces synthèses ont permis différentes comparaisons d'une part entre les sites et d'autre part entre chaque site et la moyenne du Parc national.

- Différentes présentations orales ont été organisées par chacun des parcs, par exemple pour des membres des Conseils d'Administration, pour des représentants des CDT, OTSI, ODE. Ces présentations ont été ouvertes aux responsables de secteur.

- Enfin, les différents parcs ont présenté des extraits des résultats dans leurs supports d'information.

Les enseignements pour de futures enquêtes


4.7.1 Sur le plan quantitatif

- Les comptages routiers
Du fait de leur importance pour le reste des analyses, le choix de leurs emplacements et le suivi de leur fonctionnement est capital dans l'étude de fréquentation. Pour le choix des emplacements, il faudra tenir compte des problèmes liés à la topologie propre des sites. Par exemple, le Parc national des Ecrins (et dans une moindre mesure celui des Pyrénées) ont été avantagés pour les comptages routiers : la plupart des vallées sont radiales, en cul de sac : il n'y a pas ou peu de déperdition. Les entrées et sorties du parc se font au même endroit. Dans la mesure du possible et sauf si des dysfonctionnements persistants sont à craindre, ces emplacements devront être reportés d'une enquête à l'autre pour assurer la comparabilité des résultats.

Si le nombre de compteurs peut être augmenté d'une enquête à l'autre, les compteurs supplémentaires pourront être utilisés pour explorer d'autres sites et déduire le nombre de randonneurs sur ces sites à partir de corrélations dont on aura au préalable vérifié la fiabilité et la stabilité. Le parallèle entre trafic routier et charge touristique sur les sentiers ne peut être qu'approché: les compteurs routiers comptabilisent indifféremment les montées et les descentes des voitures : le résultat est une moyenne (/2) et n'est pas représentatif du flux réel des voitures : à une heure donnée, 50 montées et 10 descentes donneront un trafic moyen de 30 véhicules, ce qui n'est pas fidèle à la réalité. La comparaison de ces données à l'encombrement des parkings peut permettre de limiter les écarts.
Lors de l'exploitation des données de comptage routier, tenir compte du trafic local, partois non négligeable.

- Les comptages parkings
Le comptage à heure fixe à la période de pointe (autour de 14-15h) suffit. Une autre méthodologie peut être employée pour le comptage des véhicules sur parkings, à la condition de pouvoir installer un compteur routier à proximité du parking et d'être en mesure de différencier les montées des descentes : un comptage unique du « stock de départ " à une heure donnée, de préférence tôt le matin suivi d'une imputation du trafic entrées-sorties relevé en continu par un compteur routier en continu. Cette méthode indique la charge du parking à toute heure du jour. Elle permet notamment de comprendre comment le parking fonctionne. Elle est particulièrement adaptée aux sites « lourds ".

- Les comptages sentiers
Lors du rapprochement des données des comptages routiers avec le décompte sentier, il faut tenir compte du décalage entre le moment où les voitures ont franchi le compteur routier et le moment où les visiteurs sont sur le sentier (entre 1 /4 h à 1 h selon la distance). 10 comptages par site permettent d'intégrer la diversité des situations (week-ends, périodes creuses, météo ... ) et de dégager la spécificité de chaque site.

4.7.2 L'enquête nationale

Une ambiguïté assez forte a subsisté dans l'analyse des réponses: il a été difficile de déterminer si la perception des vacances à la montagne telle qu'elle ressort des interviews provient d'une pratique d'hiver ou d'été. Pour lever cette ambiguïté, il eût fallu mener l'enquête nationale à l'issue des vacances d'été et non au début. A l'avenir, il serait judicieux de préciser en début de questionnaire à quelle « montagne» on fait référence, d'été ou d'hiver.

Il est apparu une confusion dans les réponses entre le Massif des Pyrénées et le Parc national des Pyrénées 9. Cette confusion, que l'on retrouve à chaque enquête, semble difficilement évitable dans une question fermée :

- « parmi les parcs nationaux suivants, quels sont ceux que vous connaissez» suivie de la mention: « Parc national de la Vanoise, Parc national des Ecrins, Parc national des Pyrénées » ?

Une question ouverte devrait permettre de limiter le taux d'erreur :

- « citez les parcs nationaux que vous connaissez » ?

Une question ouverte sur cet item permettrait de plus d'obtenir le taux de notoriété spontané des parcs analysés et non la notoriété assistée, moins riche d'enseignements.
L'analyse socio-culturelle au plan national a été difficile du fait du faible nombre de questions qui ne permit pas de dresser des profils réellement précis.

L'analyse typologique des visiteurs peut être reconduite d'une étude sur l'autre (si l'on maintient les questions qui ont permis d'élaborer la typologie). Il serait alors possible de mettre à jour d'éventuels glissements des types, de dégager de nouveaux axes significatifs.
Les données brutes de l'enquête nationale devront être dupliquées pour chaque Parc national pour conservation et comparaison avec des données ultérieures.

4.7.3 L'enquête sur sentiers

Les données brutes des questionnaires sentiers n'ayant pas été transmises aux différents parcs, ils n'ont pu en comparer les réponses avec celles de l'enquête 1992.
Un enquêteur ne peut en même temps compter les passages et administrer un questionnaire.

Il est prudent de tenir compte de la différence de profils entre les personnes chargées des enquêtes et celles chargées de comptages. Pour le comptage, il suffit de personnes rigoureuses et sérieuses. La fonction d'enquêteur est beaucoup plus technique. Les enquêteurs doivent notamment être sensibilisés aux contraintes statistiques qui imposent de discipliner les répondants et d'isoler le répondant pour écarter tout effet de groupe, ce qui demande du doigté, de l'aisance et une réelle maturité, en particulier pour administrer des questionnaires socio-culturels.

Le questionnaire sentier avait une longueur excessive: d'une durée au départ estimée à 15 mn, on passa sur le terrain à une durée réelle plus proche des 30 minutes, ce qui était peu adaptée aux circonstances. De fait, plusieurs réponses furent bâclées sur la fin et il y eut parfois, de surcroît, l'interférence du groupe qui voulait participer aux réponses.

De même, le questionnaire socioculturel était relativement long et surtout comportait plusieurs questions hors contexte et inattendues. Cela a pu parfois provoquer un nombre significatif de refus (plus d'un tiers de refus pour les Ecrins). Ce type de questionnaire, dont certains aspects peuvent surprendre, nécessite une motivation particulière des enquêteurs et de l'ensemble de l'équipe en charge de l'enquête.

Il est prudent de prévoir une marge assez large dans le plan de sondage, pour tenir compte d'incidences extérieures (par exemple la météo) : si 50 questionnaires minimum sont estimés nécessai res pour analyser un site, prévoir une présence sur place qui permet d'en recueillir au moins 60 à 70. Notons de manière générale que la mise en oeuvre d'une enquête sur le terrain doit tenir compte du lieu sur lequel sera administré le questionnaire. Dans certains cas (par exemple dans les refuges), l'enquête peut paraître incongrue et peut s'avérer difficilement réalisable compte tenu de l'impossibi· lité de s'isoler d'un groupe par exemple.

                                                                                                     

9 Même si l'on sait que la notoriété du Parc national provient de la chaîne des Pyrénées.