La réflexion préalable


2.1.1 Définir le cahier des charges

- Il sera important d'abord de convenir des objectifs de l'étude, des résultats attendus, de leur exploitation possible, de leur part contributive au plan de gestion.
Il faudra également déterminer les priorités entre les sites, entre les questions et les variables, entre les méthodes, pour parvenir au dimensionnement optimum du projet. A ce niveau devront être référencés les " renseignements" utiles, ceux que l'on souhaite valider par l'enquête. Ce seront :

  • des informations techniques ou pratiques qui permettent d'asseoir des décisions (dimensionnement des parkings, capacités d'accueil, charge sur des sentiers ou des sites),
  • des renseignements qui permettront d'envisager une action (profil et origine des visiteurs, lieux de séjour, attentes, relations avec les professionnels ou les accompagnateurs, perception de l'espace protégé etc.).

- Ces différentes étapes dans l'élaboration du cahier des charges sont souvent itératives: autrement dit, comme pour l'élaboration d'un budget, il faut passer par différentes phases successives de propositions et de remise en question : une première phase pour construire le champ le plus large possible, une deuxième phase pour le restreindre en fonction des contraintes, notamment budgétaires. Cela nécessite à peu près autant de temps pour préparer une étude de fréquentation que pour la mettre en oeuvre et parvenir aux résultats.

- Il faudra enfin s'accorder sur quelques définitions de base qui feront partie du référentiel commun pour l'ensemble des études à venir: définition de l'espace (où commence la zone d'enquête, où s'arrête- t-elle à l'extérieur et à l'intérieur de l'espace protégé), quelles voies d'accès privilégier, quels flux et cycles prendre en compte, qu'appelle-t-on visiteur, qu'appelle-t-on visites, (un visiteur au parking est-il identique à un randonneur ou un visiteur en refuge ?), quelles seront les unités de comptage (par exemple véhicules ou passagers ?)

- Il faudra enfin s'accorder sur les moyens dans le temps, c'est-à-dire sur la définition d'une politique de mesure qui s'insère durablement dans la gestion de l'espace. C'est à ce stade que l'alternance " études lourdes-enquêtes légères " sera établie avec la définition des moyens correspondants (internes, externes, partenariats).

2.1.2 Sélectionner les prestataires

- Il est nécessaire de rappeler ici l'un des principes qui guide ce document: le but n'est pas de réali ser en interne ce type d'enquête, mais d'être capable de le piloter et d'évaluer les résultats obtenus par les sous-traitants chargés de la mise en oeuvre. IL s'agit donc d'abord de réaliser un Cahier des Charges.

- Ce cahier des charges servira de base à un appel d'offres. Celui-ci peut être sectoriel ou global, selon un arbitrage « budget interne-budget externe » propre à chaque espace (le budget le moins coûteux n'étant pas forcément celui que l'on croit).

- Le gestionnaire de l'espace protégé peut choisir de segmenter l'enquête et de répartir sa réalisation entre différents prestataires, chacun fortement positionné sur son pôle de compétence : enquêtes quantitatives, enquêtes qualitatives, traitement des données, logistique, analyse, communication des résultats. Il en est alors le coordinateur et en assure la maîtrise d'oeuvre. Cette option favorise l'accumulation d'expérience et la maîtrise du développement par le gestionnaire. Elle demande en revanche une disponibilité et des compétences internes accrues. Dans cette hypothèse, il est également souhaitable de s'assurer de la pérennité des ressources internes (dans l'étude inter-parcs 1996, un des Parcs nationaux avait confié le suivi de l'étude à un stagiaire présent pendant toute la durée de l'étude: le savoir-faire acquis a été perdu à la fin de son contrat). Cette option impose de s'assurer qu'à l'issue de l'étude, la totalité des données brutes seront transmises au gestionnaire de l'espace.

- Il peut également en déléguer la totalité à un maître d'oeuvre qui coordonnera les différentes compétences pour son compte. Cette option est la plus simple à mettre en oeuvre. Elle accentue cependant la dépendance du gestionnaire d'espace envers le prestataire, puisqu'elle ne lui permet qu'indirectement de contrôler la méthode employée et les résultats obtenus. Elle vulnérabilise également le suivi des études dans la durée, en particulier dans le cas d'application de méthodes par trop spécifiques.

- Le choix entre ces options restera de la responsabilité du gestionnaire. On peut simplement remarquer ici qu'il vaut mieux avoir recours à des compétences confirmées sur des méthodes « passe-partout », plutôt que sur des méthodes et des concepts très particuliers qui seront difficilement compatibles avec celles de futurs partenaires.

2.1.3 Construire le questionnaire

- Monter un questionnaire ne s'improvise pas : c'est affaire de métier, et il est préférable de s'adresser à un professionnel et il s'agit ici de comprendre la méthodologie pour piloter efficacement le prestataire. Cette phase de l'étape préalable requerra de nombreux allers et retours, dont le nombre sera proportionnel au nombre de partenaires autour de l'étude. Ces allers et retours sont nécessaires: il faut concevoir le questionnaire, non seulement de façon optimale pour l'étude en cours, mais égaIement dans la perspective d'études futures. Ne pas oublier que la rédaction du questionnaire représente «l'instrumentalisation des hypothèses».

- Ce questionnaire devra être évalué sous 3 angles :

- Au plan technique : s'assurer que les questions se complètent et se croisent, vérifier l'alternance des réponses positives et négatives, des formulations et des types de questions (êtes-vous tout à fait d'accord, assez d'accord, assez peu d'accord, pas du tout d'accord avec les propositions suivantes, ... parmi les propositions suivantes avec lesquelles vous sentez vous le plus proche), vérifier que les questions ouvertes ne sont pas trop nombreuses, qu'elles sont toutes nécessaires et qu'elles seront toutes exploitables, D'une façon générale, il est prudent de briser régulièrement le rythme de questionnement pour éviter la monotonie qui induit des réponses automatiques. Il est bon de se rappeler qu'on n'aura de réponse qu'aux questions qu'on aura posées et que ces réponses doivent construire un faisceau de preuves.
Il importe ici d'avoir à l'esprit les principaux biais de formulation des questions (cf. tableau ci-dessous).

LES PRINCIPAUX BIAIS DE FORMULATION DES QUESTIONS

Utilisation de termes peu familiers ou techniques

Exemple : « Pensez-vous que le radio-tracking ait une influence durable sur l'éthologie du chamois ? »
 → Le vocabulaire employé doit être celui utilisé par les personnes interrogées.

Utilisation de termes vagues, imprécis, ambigus

Définir le sens précis des termes employés. Exemple: « Que pensez-vous du balisage de la zone ? »

Formulation de questions trop longues

Exemple: « Pensez-vous souhaitable que les accompagnateurs en montagne soient des professions indépendantes comme par exemple les guides de haute montagne avec un bureau dans la vallée à l'intérieur des Offices de Tourisme ou qu'ils soient salariés du Parc comme les gardes du Parc ? »
 → Utiliser une vingtaine de mots maximum.

Structure de la question trop complexe

Double négation, deux questions en une: « souhaitez-vous des toilettes sur les parkings ou sur les sentiers ? »

Réponse biaisée systématiquement ou induite

Exemple: « Pensez-vous que ce serait très dommageable ou dommageable, pour votre séjour, si les gestionnaires de l'espace protégé décidaient unilatéralement des sentiers qui seraient interdits au public ? »

 

Source : adapté de Y. EVRARD, B. PRAS, E. ROUX en collab. avec J.-M. CHOFFRAY, A.-M. DUSSAIX, " MARKET: Etudes et recherches en marketing ", Nathan, Paris, 1993.

- Au plan pratique : le questionnaire est-il compréhensible? quels malentendus peut-il induire ? Ne pas oublier que l'on s'adresse à des segments de population très différenciés qui peuvent interpréter une question de façon variable. De même, les questionnaires seront administrés par des personnels souvent peu formés, dans des contextes différents: il est généralement utile de multiplier les relectures par des observateurs non impliqués dans l'étude, y compris par des regards candides. Il est ainsi d'usage de procéder à des « enquêtes à blanc» ou « pré-tests » avant diffusion du questionnaire finalisé, ne serait-ce que pour en minuter le temps de réponse (généralement sous-estimé tant que l'on n'est pas sur le terrain). Au delà de 10 minutes, l'attention portée au questionnaire baisse et la qualité des réponses s'en ressent.

- Pour limiter les erreurs et les baisses d'attention, certaines règles dans l'organisation du questionnaire sont à respecter :

  • La progressivité des questions : il s'agit de commencer le questionnaire en posant des questions générales (relativement neutres et faciles) et de centrer progressivement l'interrogation sur des questions plus précises et plus difficiles. Cette progressivité permet à la personne interrogée de se familiariser avec le format du questionnaire ainsi que de l'amener à réfléchir sur le sujet de l'enquête.
  • Le plan de questionnaire : le questionnaire doit être bâti à partir d'un plan composé de thèmes à aborder et de questions s'inscrivant à l'intérieur de ces thèmes.
  • L'introduction de questions filtres : elles permettent de segmenter l'échantillon en posant certaines questions à une partie de l'échantillon concerné par le sujet. Il est cependant souhaitable d'y avoir modérément recours de façon à ne pas transformer le questionnaire en un « labyrinthe» difficile à gérer pour les enquêteurs et pour l'analyse.

- Au plan de la compatibilité : le questionnaire doit être analysé en fonction des résultats recherchés pour l'étude en cours, mais également dans la perspective de la continuité : quelles questions seront récurrentes, quelles sont celles qui pourront être supprimées ou remplacées pour élargir ou réorienter le champ d'exploration, quelles sont celles qui devront être adaptées pour tenir compte de l'évolution du contexte et de l'environnement ? Dans la conception de questionnaires successifs, il est d'usage de maintenir les questions récurrentes à la même place pour limiter les effets parasites (par exemple, maintenir une question à coloration positive entre deux négatives).

 

Organisation et recueil des données


2.2.1 Le choix des dates et des horaires

- Les dates retenues pour la phase terrain devront rester identiques d'une étude à l'autre pour éviter d'introduire des biais saisonniers. A l'intérieur de la période retenue, on réalisera les observations à différents moments représentatifs de l'activité de l'espace: sous-activité, pics de fréquentation (saisonniers, hebdomadaires et journaliers). Quelle que soit l'option retenue par le gestionnaire de l'espace (cf fiche 2.1 § 2.1.2), il est indispensable de prévoir une équipe qui assurera le pilotage de la phase terrain. Cette équipe réduite devra à la fois se maintenir et se renouveler d'une étude à l'autre pour accumuler et diffuser l'expérience acquise (renouvellement par moitié ou par tiers).

- Le choix des tranches horaires devra tenir compte des impératifs législatifs (droit du travail) et de la distance entre les secteurs. De même, l'horaire sera défini de manière à capter la plus grande affluence possible: si l'on ne peut assurer la totalité de la couverture journalière, on pourra partir de l'hypothèse qu'à des arrivées précoces (non comptabilisées) correspondent des départs précoces (comptabilisés) et qu'à des arrivées tardives (comptabilisées) correspondent des départs tardifs (non comptabilisés).

2.2.2 Le choix des sites

- Les différents sites accessibles aux visiteurs seront recensés et évalués en fonction de l'impact de la fréquentation (certains sites sont très fréquentés mais avec peu de menaces sur les équilibres des biotopes, d'autres peuvent être peu fréquentés mais avec un milieu naturel particulièrement sensible).

- Chaque site pourra donner lieu à un comptage et/ou une enquête qualitative. Les sites seront répartis dans l'étude entre sites majeurs et sites mineurs (induisant des comptages et des mesures plus ou moins nombreux).

 

2.2.3 Les points d'enquête

- Il est important de choisir soigneusement les points et les horaires d'enquête. Les personnes interrogées doivent être disponibles pour n'engendrer qu'un minimum de refus: trop de refus introduiraient un biais difficile à évaluer. Il est ainsi préférable de situer l'enquête au retour d'une promenade plutôt qu'à l'aller.

- Ainsi sur les sentiers, les visiteurs sont moins disponibles mais, en revanche, ils sont plus isolés et les interviews sont plus aléatoires, ce qui accroît la rigueur des relevés. Il faudra, dans cette hypothèse, favoriser des questionnaires courts (moins de 10 minutes).

- Sur les parkings, les visiteurs sont plus disponibles mais également plus difficiles à isoler: on privilégiera ici des questionnaires plus longs.

- On pourra remettre un petit cadeau, en guise de remerciement, à l'issue du questionnaire (surtout s'il a été long) : une carte postale, un sticker...

- L'emplacement des compteurs routiers dépendra à la fois des sites choisis pour l'étude et des données intrinsèques du trafic.

2.2.4 Le choix des équipes

- Deux options peuvent être mises en place pour l'organisation des relevés. Elles ont, toutes deux, été expérimentées au cours des 2 enquêtes de fréquentation dans les parcs nationaux :

  • des enquêtes par vagues effectuées simultanément sur les différents sites à des jours déterminés. Cette méthode assure une grande homogénéité des mesures et un plus grand nombre de relevés pour chaque site. Elle impose cependant un plus grand nombre d'enquêteurs et une mobilisation plus lâche des enquêteurs et peut donc susciter une moins bonne motivation. De même, un trop grand nombre d'enquêteurs différents peut introduire une certaine hétérogénéité dans le recueil des données.
  • la rotation d'une même équipe sur plusieurs secteurs à des jours différents. Cette option, moins coûteuse, permet une meilleure couverture de la zone avec davantage de secteurs analysés et moins de moyens mis en oeuvre et une mobilisation plus dense des enquêteurs avec une meilleure motivation. Son inconvénient est de ne pas assurer un contexte identique pour l'ensemble des sites observés et des observations moins nombreuses pour chaque site.
    → On choisira l'une ou l'autre méthode selon que l'on souhaite privilégier le nombre de relevés (pour les premières études par exemple) ou le nombre de sites observés (par exemple pour élargir le spectre des observations).

- Il peut être utile et bénéfique de faire participer les membres du personnel de l'Espace protégé à la phase terrain (participation volontaire à des relevés ou des compléments d'enquête, emploi saisonnier de membres de la famille, etc.) pour que l'étude fasse partie intégrante du vécu de l'institution et n'en soit pas un élément rapporté, en marge des missions scientifiques. De même, une plus grande participation interne à la réalisation de l'étude permet de bénéficier de l'expérience, des intuitions, des connaissances diffuses dans l'institution mais pas toujours exprimées ni formalisées. De manière générale, une forte implication du personnel de l'Espace protégé ne peut être qu'un plus.

- Pour le personnel de terrain, il sera sans doute nécessaire (y compris dans l'hypothèse d'enquêteurs repris d'une enquête sur l'autre) d'informer, sinon former, les personnels chargés des observations (objectifs de l'étude, méthodologie d'enquête, réponse aux objections, principes de rigueur statistique, remerciements etc.).

 

Le traitement


2.3.1 Etablir des tableaux de résultats

- Le premier traitement est la plupart du temps mené par l'organisme chargé de l'étude. Mais il peut s'avérer utile pour le gestionnaire d'avoir à l'esprit les formes de traitement possibles, ne serait-ce qu'en raison de la possibilité qui lui est laissée de compléter les traitements en fonction de besoins qui lui sont propres.

2.3.1.1 Elaborer le plan de tri

- Ce plan est également de la responsabilité de l'organisme chargé du traitement. Il peut être utile de l'élaborer en commun. Il précise les différents tris souhaités en 2 ou 3 vagues: on commence en général par les tris à plat puis on élabore des tris croisés à commencer par les plus simples (par exemple les tranches d'âge ou les CSP avec les pratiques ou les attentes). On pourra affiner les tris au fur et à mesure des différentes vagues. Il importe de ne pas se perdre dans un nombre trop important de tris: ne traiter que les tris les plus significatifs, ceux qui parlent à l'intuition, ceux qui décrivent des grandes masses en gardant à l'esprit une taille de population résiduelles (quelle sera l'utilité d'un tri qui définit des sous-populations marginales ?)

2.3.1.2 A partir des tris " à plat "

- Le premier traitement doit s'effectuer à partir des données brutes. L'idéal en la matière semble être le report systématique des résultats bruts (en pourcentage et en effectif) à même le questionnaire. L'intérêt est évident: une visualisation immédiate de l'essentiel des données. Ce type de traitement permet bien souvent de détecter les résultats incongrus qu'il faudra " éliminer" ou en tous cas analyser à part.
- Il est par ailleurs toujours " agréable" de pouvoir visualiser les données. On n'hésitera pas à avoir recours aux schémas (histogrammes, graphiques à secteurs, courbes, etc.). Ces graphiques devront toujours être accompagnés d'une légende. Dans chaque cas, les bases numériques et la population de référence devront systématiquement être rappelées.

2.3.1.3 A partir des tris croisés

- Le recours aux tris croisés (croisement d'une variable par une autre) fait également partie des « incontournables ". Il faut veiller à ne croiser que ce qui présente un sens et en tout état de cause ne pas croiser à outrance mais au contraire sélectionner a priori les tris pertinents pour l'analyse.

2.3.1.4 Veiller à travailler sur des chiffres significatifs

- Quels que soient les tris réalisés, il est indispensable de veiller à obtenir une population de référence qui soit suffisante pour obtenir des sous-populations dont le nombre reste significatif. Par exemple, si l'on doit obtenir 4 sous-populations numériquement équivalentes, la population de départ doit être au moins de 200 personnes pour obtenir in fine des sous-populations de 50 personnes (50 étant un minimum).
- De même, on veillera à respecter les intervalles de confiance et les écarts significatifs entre pourcentages (selon abaque statistique).

  • L'intervalle de confiance détermine la précision d'un pourcentage en fonction de la taille de l'échantillon. Par exemple pour une précision à 95.45% près, pour un échantillon de 200 personnes, si un résultat porte sur 20% des personnes interrogées, l'intervalle de confiance déterminé par l'abaque est de 5.7%, ce qui veut dire que, pour être correctement interprété, le résultat est, en fait, compris entre 14.3% et 25.7%.
  • L'écart significatif entre pourcentages, selon une abaque stastique, permet de comparer des résultats obtenus sur des échantillons de taille différentes. Exemple de question: 75% des visiteurs du site A, dont l'échantillon interrogé est de 200 personnes, considèrent que les parkings peuvent être payants, contre 65% des visiteurs du site B dont l'échantillon est de 300 personnes. L'écart entre les deux sites (10%) est-il significatif ? L'abaque montre que l'écart significatif minimum est de 8% : la réponse est donc positive.

2.3.2 Les méthodes descriptives

- Une fois établis les tableaux de résultats, il peut dans certains cas s'avérer intéressant d'avoir recours à des méthodes dites « descriptives » . Il s'agit principalement pour la présente étude de l'analyse factorielle et de la typologie.
- L'analyse factorielle consiste à résumer l'information contenue dans un tableau de chiffres individus/ variables, en remplaçant les variables initiales par un nombre plus petit de variables composites ou facteurs. Par exemple, supposons que 40 variables d'attitude ont été mesurées sur 800 visiteurs. Faut-il vraiment garder les 32 000 valeurs obtenues ou n'est-il pas possible de résumer toute cette information par une, deux ou trois variables de synthèse? Ce résumé des données initiales (sous forme de mappings) peut alors être utilisé pour faciliter une interprétation portant sur un nombre plus restreint de variables. La présentation graphique facilite souvent l'analyse par déduction du contenu des axes structurants.


- La typologie part du problème suivant: étant donné un ensemble d'individus décrits par un certain nombre de caractéristiques (variables), constituer des groupes (types) d'individus tels que les individus soient les plus similaires possibles au sein d'un groupe et que les groupes soient aussi dissemblables possibles; la ressemblance ou la dissemblance étant mesurée sur l'ensemble des variables décrivant les individus.
Dans les deux cas, le recours à un logiciel adapté est nécessaire.

2.3.3 Calcul des ratios

- Un certain nombre de ratios, définis au préalable, devront être calculés. Il s'agit par exemple de ratios voitures/visiteurs, visiteurs/randonneurs. En tout état de cause, il importe de normer ce calcul c'està- dire, en d'autres termes, de reconduire d'une enquête sur l'autre le calcul de ces ratios, quitte à en ajouter d'autres, jugés désormais pertinents. Voir p 40 les calculs de ratio utilisés dans l'enquête 1996 par les Parcs nationaux des Ecrins, de la Vanoise et des Pyrénées. Le choix des ratios est directement lié aux objectifs de l'étude et aux résultats attendus, il représente une forme d'exploitation de l'enquête prévue dès l'élaboration du cahier des charges de celle-ci.

- Deux exemples de calcul de ration

  • calcul 1: nombre de visiteurs sur un site

On appellera visiteur la personne accédant au site en voiture.
D est la durée (jour, semaine, mois, saison, année) pour laquelle l'estimation est recherchée. Du fait des décalages entre le moment du comptage et l'arrivée sur le site, D ne peut être inférieur à la journée (sauf si ce décalage est connu et faible).
T est le trafic routier pendant le temps D sur l'itinérarire accédant au site (en général les données fournies par les compteurs routiers totalisent le trafic dans les deux sens).
P est le nombre moyen de passagers par véhicules (obtenu par sondage sur les véhicules accédant au site).
V est le nombre de personnes ayant visité un site pendant le temps D.

V/D (visiteurs par unité de temps) = P x T/2
  • calcul 2 : nombre de randonneurs ou promeneurs sur un site

On appellera randonneur toute personne visitant un site naturel et s'éloignant de son véhicule d'au moins un quart d'heure de marche.
D et T tels que définis dans l'exemple de calcul 1
T est le trafic routier pendant le temps D sur l'itinéraire accédant au site (en général les données fournies par les compteurs routiers totalisent le trafic dans les deux sens).
R est le nombre de randonneurs (ou promeneurs) ayant fréquenté le site pendant le temps D
d
est la durée du comptage sur le sentier
r est le nombre de randonneurs comptés sur le sentier pendant le temps d, dans les deux sens (aller et retour)
t est le trafic routier enregistré pendant le temps d (dans les deux sens) sur la route d'accès au site
n est le nombre de comptages effectués sur le sentier
Q est le rapport calculé entre le trafic pédestre (r) et le trafic routier (t) : Q=r/t
Qn est le rapport rit calculé pour le comptage n
R/D (nombre de randonneurs par unité de temps) est le rapport Q moyen multiplié par le trafic

R/D = [(:Qn)/n] x T


2.3.4 La comparaison avec les enquêtes antérieures

- Il est évidemment fondamental de suivre les évolutions d'une enquête à l'autre, ne serait-ce que pour construire ensuite des courbes permettant des projections dans le futur. L'utilisation des séries chronologiques peut s'avérer ici très utile. Il nécessite d'avoir recours à un statisticien.

- Plus simplement, on devra établir des tableaux et schémas de comparaison sur certaines variables clé.

- Dans les deux cas, il y a nécessité d'une stabilité des approches pour que les rapprochements et comparaisons soient possibles et fiables statistiquement (systèmes de comptages, sites étudiés, formes des questions, etc.).

2.3.5 Principes de différenciation

- Les relevés quotidiens des passages routiers forment des séries de données chronologiques représentatives de la période estivale.

- Pour tirer les renseignements majeurs contenus dans ces données et pouvoir comparer différentes séries (d'un lieu à un autre, d'une enquête à un autre), on peut procéder :

  • à un lissage des données afin de dégager l'allure générale de la fréquentation (élimination partielle des fluctuations mineures) par la méthode des moyennes mobiles ;
  • à une « mesure » de l'orientation et des fluctuations des grandes tendances de la fréquentation estivale - croissance, décroissance (ajustement des fonctions par la méthode des moindres carrés).

 

- Lors de la réalisation d'interprétation de synthèses d'enquêtes réalisées sur plusieurs sites, les données sur la fréquentation relative de chacun permet de pondérer les enquêtes.

  • Par exemple : supposons trois sites
site n° 12 000 visiteurs = v150 enquêtes effectuées = n1
site n° 21 000 visiteu rs = v250 enquêtes effectuées = n2
site n° 3500 visiteurs = v325 enquêtes effectuées = n3

 

Les coefficients de correction à affecter aux différents résultats pour qu'ils soient significatifs sont :

site n° 1c1 = 1
site n° 2c2 = v2/v1 x n2/n1 = 0.5
site n° 3c3 = v3/v1 x n3/n1 = 0.5

 

Les résultats des enquêtes sur les sites n02 et n03 devront compter pour moitié par rapport aux enquêtes effectuées sur le site n01. Une autre façon de prendre en compte l'intensité de la fréquentation sur les résultats des questionnaires est d'adapter le nombre de questionnaires fait sur un site à sa fréquentation relative (pour 100 Q en site n° 1 il faut faire 50 Q au site n02 et 25 Q au site n03), Ceci suppose de connaître a priori la fréquentation des sites.

2.3.6 Des questions importantes à résoudre

- Lors du traitement des comptages, le gestionnaire doit avoir à l'esprit qu'il aura à répondre à un certain nombre de questions parmi lesquelles :

  • Comment estimer la fréquentation sur les sentiers sans comptage ?
  • Comment réduire l'écart entre les sentiers comptés et les sentiers estimés (fiabilité des estimations) ?
  • Comment répartir les flux au delà des points de comptage ?
  • Comment projeter les données (volume, tendances, pics) ?
  • Comment intégrer les données externes (statistiques du tourisme, SNCF, comptages autoroutiers, DDE) ?

- Certaines questions auront déjà reçu des réponses dans les enquêtes précédentes. Il est important de ne pas réinventer des ratios ou des méthodes à chaque enquête (si le travail a déjà été réalisé avec succès auparavant), sous peine de perdre en continuité.

- On peut peaufiner l'outil mais ne pas le bouleverser (sauf changement d'environnement majeur).

- Enfin, le gestionnaire doit avoir une attitude prudente dans son analyse des données (celle-ci pouvant avoir des effets important sur les décisions) et de manière générale :

  • Eliminer des informations dont la validité est douteuse.
  • Veiller lors des tris croisés à conserver des effectifs suffisants. • Utiliser des indicateurs différents pour valider certains résultats.
  • Ne comparer que ce qui est strictement comparable.

 

L'analyse


2.4.1 Explorer 2 types de variables: quantitatives, qualitatives

2.4.1.1 Quantitatives :

- Il est utile de rappeler ici que les données quantitatives sont la base, le socle de toute analyse ultérieure, même qualitative. Les comptages routiers en sont un élément déterminant puisque c'est une donnée quantitative exhaustive, permanente, précise et fiable (sauf accident).

  • Objectifs des comptages routiers

- Evaluer les flux vers l'espace protégé, aux différentes dates et heures de la journée (détermination des cycles de fréquentation). Dresser la carte des flux. « Mesurer» le trafic routier dans les vallées et itinéraires d'accès.

- Apprécier l'étalement des flux sur la saison et mettre en évidence les cycles de fréquentation et les jours de pointe.

- Redresser et extrapoler à l'ensemble de la saison des mesures ponctuelles effectuées sur les sentiers.

- Evaluer les phénomènes de pertes de charge entre les accès routiers et les sentiers (déterminer le nombre de visiteurs par véhicule).

- Projeter les tendances dans le temps.
 

  • Objectifs des comptages parkings

- Apprécier la charge estivale sur les parkings et les besoins d'aménagements.

- Rapprocher le nombre de véhicules sur site des données compteurs pour évaluer les flux en direction du site.

- Eliminer les « bruits de fond» provenant de trafics en transit ou exclusivement locaux.

- Estimer le nombre de visiteurs par véhicule pour rapprochement avec les comptages routiers.

- Evaluer la part de « contemplatifs» qui restent sur ou à proximité des parkings.

  • Objectifs des comptages sentiers

- Apprécier la charge de fréquentation sur les différents sentiers analysés (tendances et pics selon les dates et horaires).

- Projeter les tendances et les pics dans le temps.

Calculer des ratios de corrélation reconductibles d'une enquête sur l'autre, avec vérification sur quelques sites et redressement éventuel des estimations sur les années non étudiées.

2.4.1.2 Qualitatives: connaître les attitudes pour anticiper les comportements

- Certaines informations vont s'avérer utiles pour l'analyse. Il s'agit notamment :

  • des données socio-démographiques (âge, sexe, CSP, lieu et type d'habitation, etc.) ;
  • des pratiques dans l'espace protégé ;
  • des comportements et attitudes (attitudes de vie, comportements en vacances, vis-à-vis de la nature, de l'autorité, de la responsabilité, de l'autonomie;
  • des besoins et attentes (équipements, repères, présence humaine, conseil...).
    L'ensemble de ces données doH permettre de mettre en évidence les évolutions probables, les besoins à moyen et long terme.

- Certaines analyses peuvent être initiées à partir des données. Il est en effet possible :

  • de réaliser une analyse typologique avec calcul des profils et groupes typologiques,
  • d'effectuer des rapprochements avec les données quantitatives,
  • de qualifier les flux.
    L'ensemble du processus doit contribuer à déterminer les leviers pour agir.

2.4.2 Travailler sur 2 dimensions: le temps et l'espace

2.4.2.1 Espace: approche globale ou approche locale

  • Evaluer la fréquentation de l'espace protégé à son niveau global mais aussi différencié selon les accès.
  • Comparer les profils de visiteurs selon les accès (par exemple les différences de CSP, ou de groupes comportementaux).
    De ces analyses, on pourra notamment déduire les besoins d'équipements différenciés.

2.4.2.2 Temps: passé-présent-futur

  • Recueillir les données sur les historiques, nourrir les intuitions, en déduire des évolutions pour l'espace dans son ensemble, les évolutions relatives entre les accès.
  • Intégrer les événements (Tour de France, fête locale, régionale, nationale, etc.) .
    Anticiper les évolutions, les changements, les seuils (à environnement constant).

2.4.2.3 Le SIG : un outil d'analyse

- Les représentations graphiques (courbes, mappings, histogrammes, cartes) sont des outils d'analyse précieux. On utilisera les courbes pour illustrer des données continues (exemple: des flux de visiteurs) et des histogrammes pour des données discontinues (exemple : l'âge des visiteurs).

- Il faut souligner ici l'intérêt de la cartographie et des outils du S.I.G. pour une enquête de fréquentation dans un espace protégé : Le SIG est un outil mathématique qui permet de rapprocher des « objets géographiques» (linéaires, points, surfaces, modelés de relief) de données statistiques. Ils permettent donc de simuler des flux, des blocages, des résistances ou des accélérations. On peut également, avec cet outil, rattacher des points remarquables (parkings, refuges, points d'enquête) au réseau de sentiers. Il donne aussi une idée de l'impact du sentier sur une zone géographique donnée. Le SIG peut enfin modéliser des données de visibilité (voir et être vu) qui ont une influence sur le sentiment de sur-fréquentation, ou encore des éléments de dénivelé qui ont une incidence sur la fréquentation.

- Ces outils, qui définissent un modèle numérique du terrain, permettent, en une seule représentation, de visualiser à la fois le territoire et les événements qui s'y déroulent. Ils appellent cependant une attention particulière avant l'élaboration du protocole d'enquête : par exemple, quel sera le sens du circuit, les écoulements des flux, quels seront les modes de segmentation de l'espace (théorique ou événementiel).

- Il est impératif, pour optimiser l'exploitation de cet outil par ailleurs efficace, de rapprocher dès l'origine les informations que l'on recherche du traitement que l'on en fera au moyen du SIG.

 

La restitution des résultats


2.5.1 Pourquoi restituer ?

- Comme indiqué plus haut, l'étude est orientée vers la prise de décision et l'action : elle produit des résultats qui seront intégrés aux différents domaines de la gestion de l'espace protégé. Les résultats servent à enrichir la compréhension et l'exercice des différentes missions du gestionnaire sur le terrain : gérer l'espace n'est pas seulement le conserver mais aussi le valoriser en intégrant ses composantes humaines.

- La restitution des résultats sert également des objectifs plus administratifs d'animation et de motivation des personnels: l'étude doit servir à enrichir la perception du travail effectué, à expliciter le vivant, à dépasser le seul cadre du fonctionnement administratif en faisant entrer les visiteurs dans le fonctionnement. Ces résultats intéressent donc le conseil d'administration, les experts et les scientifiques, mais également le personnel dans son ensemble.

- Les résultats de l'étude peuvent également être destinés à construire ou renforcer l'identité de l'Institution et à enrichir ses liens avec son environnement (approche ouverte) : d'abord vis-à-vis des tutelles, partenaires et des commanditaires éventuels, mais également l'environnement institutionnel et socio-professionnel direct : les OTSI, CDT, la DDE, mais aussi les commerçants qui peuvent être intéressés à connaître les tendances et profils de fréquentation de leur région.

2.5.2 Comment restituer ?

- Il conviendra de s'accorder en interne et entre les partenaires associés à l'étude sur la forme (les documents exhaustifs, les synthèses, les présentations orales, les éventuels dossiers de presse, les illustrations...).

- Les restitutions seront différenciées selon les publics. Il sera utile de ne pas se satisfaire de seuls documents écrits: l'organisation de réunions de présentation (par exemple à l'occasion d'un conseil d'administration) peuvent aider à rendre plus vivants les matériaux et résultats produits, le lien entre l'institution et son environnement. Une présentation orale peut également servir à expl iciter certains aspects surprenants des résultats, problématiques ou politiques. Elle sert aussi à engager un dialogue qui facilite l'appropriation des missions de l'espace protégé par ses partenaires.

- Les documents écrits seront illustrés non seulement de tableaux et de graphiques, mais également de photos qui rendent compte de la réalité sur le terrain. L'utilisation de cartes permettra de favoriser une visualisation directe du territoire et des enjeux liés à la fréquentation.

- Il peut être utile de garder à l'esprit qu'en matière de communication, la répétition est la règle. Il faudra donc organiser la restitution des résultats dans le temps, transmettre les résultats de façon progressive, par exemple dans le journal d'information de l'espace protégé: d'abord un résumé global puis des comptes rendus sectoriels ou spécifiques. Ne pas oublier des communications particulières pour chaque site, qu'il ait été analysé ou non (communication sectorielle).


- Ainsi, la communication des résultats peut être répartie sur l'année qui suivra l'étude. L'étude de fréquentation n'est pas un événement unique et isolé: c'est un processus, une prise de conscience et une recherche qu'il faut entretenir. De ce fait, il sera plus aisé de susciter les bonnes volontés pour participer aux enquêtes suivantes.

- Il sera utile à la fin de la période de restitution d'effectuer un bilan de l'opération, tant au plan logistique et de l'organisation que de celui de l'exploitation et de l'utilité des résultats.