L'étude de fréquentation : un maillon dans une réflexion qui s'inscrit dans le temps

 

1.1.1 Considérer l'espace protégé comme un système ouvert et non fermé

- L'évolution socio-économique démontre quotidiennement que les espaces naturels protégés fonctionnent, à tous les niveaux, en systèmes ouverts et fortement imbriqués : c'est l'art de l'organisation sociale que de favoriser et respecter la diversité dans un mode d'intégration forte. Dans ce contexte d'interaction croissante, il serait vain, et probablement faux, de vouloir fonctionner en système fermé.

Les visiteurs sont des résultantes d'interaction avec l'environnement : leur nombre et leur profil, leurs attentes, leurs comportements sont autant dépendants des données externes aux espaces protégés que de leur politique propre. Par exemple, l'ouverture d'une rocade, de nouvelles infrastructures de transport même lointaines (exemple, le Tunnel sous la Manche) ont une incidence sur la fréquentation (sans parler de la météo). Plus on tient compte de cette continuité, plus la gestion des flux aux portes des espaces s'en trouvera facilitée. Par exemple, l'enquête de 1996 a permis de mesurer et comparer les écarts entre les profils de la population en général (le « vivier » de vacanciers) et ceux des visiteurs réels : tous ceux qui envisagent de visiter un espace protégé ne passent pas à l'acte et les visiteurs sont, finalement, un segment assez précis de cette population. Les motivations avouées chez soi ne sont pas forcément celles déclarées sur place.

- Un espace protégé est, par ailleurs, un espace non clos, « transparent» en terme de circulation (y compris pour les espèces qu'il protège) et ses dimensions et contraintes administratives ne correspondent pas toujours à sa réalité vivante, réticulée, souvent beaucoup plus large et plus complexe.

- Certes, il peut être tentant dans un contexte de moyens limités de réduire l'analyse à l'espace luimême, qui en est le point focal. Ce serait cependant comme vouloir analyser une espèce indépendamment de son milieu. Plutôt que de limiter le périmètre de l'étude, l'expérience de l'étude de 1996 montre qu'il est possible, avec une collaboration entre plusieurs espaces protégés, de repousser la limite des moyens et donc d'améliorer la qualité de l'analyse par une intégration plus large de l'environnement. Cette collaboration devrait pouvoir s'envisager à des degrés divers, par exemple avec des acteurs socio-économiques locaux, avec d'autres espaces protégés, avec des pays voisins etc. Elle devrait pouvoir s'envisager entre espaces protégés de statuts différents.

- L'étude de fréquentation devra intégrer cette perspective ouverte dans ses objectifs, dans la détermination de son périmètre, dans la définition de son contenu, dans le choix des moyens mis en oeuvre. Cependant, il est important de ne pas brûler les étapes: il est préférable de commencer petit, pour rôder les outils et forger l'expérience, avant d'ouvrir progressivement le champ de l'analyse.

1.1.2 Résulter d'une réflexion antérieure

- Un espace protégé construit son développement autour d'un plan de gestion, ou d'un « projet d'établissement », cette dernière orientation ajoutant à la programmation une définition qualitative et de valeurs. C'est dans le cadre de cette orientation volontariste que l'étude devra s'insérer. Considérer la fréquentation comme un flux d'interactions avec l'environnement donne à l'étude de cette fréquentation une place essentielle dans le plan de développement de l'Espace : elle en devient un indicateur de pilotage (utile autant dans la gestion interne que dans ses interactions externes).

- Il ne faut pas attendre de l'étude qu'elle définisse la politique de l'Espace protégé: L:enquête, quelle que soit sa forme, n'est qu'un outil au service des décideurs. Ses objectifs, sa fréquence, son contenu dépendent de la politique voulue pour l'espace et non l'inverse: une réflexion amont sur la problématique de gestion ou de fréquentation doit précéder l'enquête. Celle-ci est la résultante d'une dynamique d'engagement qu'elle vient enrichir et aider à piloter.

- Il s'agit donc de partir d'hypothèses que l'étude permettra d'évaluer. Si l'on ne sait pas ce qu'on cherche, on ne saura pas si on l'a trouvé et on ne pourra ni comprendre ni interpréter les observations rapportées par l'étude. L:étude doit donc répondre à des questions que l'on s'est posé au préalable et non découvrir les questions qu'on devrait se poser. Ainsi, par exemple, le questionnaire sera construit en pensant au traitement qu'on en fera : les réponses ne se suffisent pas en ellesmêmes, les questions devront pouvoir être rapprochées, croisées, se compléter, s'opposer ... et se contredire : l'homme n'est pas un animal de pure logique (voir tableau page 19). C'est l'expérience qui fournit la matière pour enrichir la problématique et les hypothèses qui vont guider une étude et les suivantes. La connaissance de la fréquentation se confirme, s'invalide, s'enrichit et se réoriente au fur et à mesure des observations.

1.1.3 Penser aux recherches ultérieures

- L'étude de fréquentation elle-même n'est pas un système en soi, sans lien avec d'autres réflexions menèes par l'institution ni prolongements dans le temps : le traitement, la présentation et l'exploitation des résultats, le renouvellement des observations doivent être envisagés avant de s'engager dans la mise en oeuvre. Que ferons-nous des résultats, quand et comment seront effectuées les enquêtes ultérieures, avec quels objectifs complémentaires des premiers, quels moyens récurrents seront mise en oeuvre ? ... sont parmi les questions que l'on doit se poser avant de déterminer le périmètre et le contenu de l'étude prévue.

- Les capacités internes de suivi, d'analyse, de stockage et d'accès durables aux données (ce point est capital), seront donc évaluées dès les réflexions préalables, ne serait-ce que pour délimiter le contenu et la forme des résultats attendus de l'étude. C'est par l'accumulation autant que par les traitements croisés que la connaissance s'affine.

De même, une réflexion en amont quant à la définition d'un cadre ou d'un format commun de restitution des résultats paraît être une bonne option. Cela permet une reconduction (et donc les comparaisons) d'une étude à l'autre et permet également aux personnes ne travaillant pas sur le projet depuis l'origine d'en assurer néanmoins correctement le suivi.

1.1.4 S'imposer de penser dans la continuité

- Cet impératif de suivi pose le problème de la pérennité des orientations: une étude n'apportera pas de réponses à toutes les questions que l'on se pose. Il faudra donc faire des choix et supprimer des questions en particulier celles non totalement éclaircies, d'un ordre inférieur au questionnement en cours. Cette contrainte impose de ne pas changer de cap en cours de route, sous peine de déconstruire l'édifice d'observations (dans le cas contraire, par exemple un bouleversement obligeant à une remise en cause, il importe de conserver des passerelles entre les deux types d'approche, l'ancienne et la nouvelle).

- Il faut donc garder à l'esprit la construction d'un référentiel commun d'une étude à l'autre. Par exemple, d'une étude à l'autre, ne pas passer, pour une même problématique, de questions ouvertes à des questions fermées (ou alors savoir pourquoi), ne pas ajouter ou supprimer des items à une même question, ou encore changer des questions de place: le recueil des informations, en particulier sous forme de questionnaire, doit être d'une grande stabilité sous peine d'induire des « artefacts » qui viendraient perturber l'analyse. Sur le terrain, on s'assurera, par exemple, du respect de la répartition des points de comptage ou des observations entre sites (ou sentiers).

- Notons que cet impératif de continuité vaut également au sein d'une même étude. Une fois mises en évidence les hypothèses de travail, il convient de s'y tenir tout au long de l'étude, même s'il est nécessaire de savoir s'arrêter et réorienter les choix initiaux.

- Il faudra donc déterminer, dans le cadrage de l'étude, les questions récurrentes (celles qui appellent une mesure systématique à chaque étude), et les questions plus circonstancielles (qui apportent un éclairage particulier ou sectoriel).

- Il faut également s'assurer de la pérennité des choix méthodologiques (mesures quantitatives, mesures qualitatives). t..:échange d'expériences entre les gestionnaires d'espaces ou avec leurs partenaires locaux permet ici de gagner beaucoup de temps.

- De même, il est essentiel de garder trace en interne des données brutes, non compilées, y compris (et surtout) si le traitement en est confié à des tiers. Ces données doivent être stockées par le gestionnaire d'espace, sous un format qui restera durablement compatible avec les logiciels de traitement. Il importe également de conserver le « mode d'emploi» des données (clés de codage, ordre, etc.). C'est en effet à ces données que l'on aura recours pour les rapprochements avec des études ultérieures, ou des analyses complémentaires (par exemple des croisements entre populations ou profils qui n'auraient pas été effectués sur le champ).

 

Etudier pour décider

 

1.2.1 L'étude s'inscrit dans une logique vérifier-décrire-explorer

- Les objectifs de l'étude peuvent être uniques ou multiples, mais doivent être précis. Ils doivent, en tout état de cause, aider à « maîtriser» le phénomène observé (ici la fréquentation) et aider à la décision. L'étude devra donc permettre de conclure à partir d'hypothèses et pas seulement se satisfaire d'observations cumulatives.

- Ces conclusions enrichissent le champ initial qui s'élargit ainsi d'une étude à l'autre: le paradoxe de l'étude est ainsi d'ouvrir le nombre d'hypothèses en même temps qu'elle répond à des questions posées.

1.2.2 Un processus orienté vers la décision

Tôt ou tard, la question de l'utilité de l'étude de fréquentation sera posée: à quoi sert-elle et les fonds investis dans ces recherches ne seraient-ils pas mieux utilisés sur d'autres missions de l'Espace. La compréhension de la fréquentation doit être orientée vers l'action que ce soit par l'espace lui-même ou par ses partenaires, et ne pas seulement nourrir la réflexion. L'expérience de l'étude interparcs 1996 illustre 3 domaines d'action possibles à partir d'une étude de fréquentation. Ils peuvent servir de base pour déterminer les objectifs d'autres études (objectifs prioritaires, objectifs secondaires) :

- La gestion du territoire : anticipation et gestion de l'impact de la fréquentation sur le milieu, gestion, répartition, programmation et développement des équipements (signalétique sur les sentiers, équipements d'accueil aux portes de l'espace, gestion des parkings et des voies d'accès), équilibres et développement différenciés entre les sites. Par exemple, l'étude des comportements sur un des sites majeurs du Parc national des Ecrins a permis de comprendre que la saturation des parkings n'était pas dûe à leur dimensionnement mais aux comportements des visiteurs. Ceci a apporté une réponse à la demande pressante des communes voisines réclamant des parkings plus importants.

- La gestion de l'institution : évolution de ses besoins (matériels, humains, organisationnels, logistiques), formation, programmation de son développement (plan de gestion), partenariats et échanges financiers, délimitation du champ de responsabilité du gestionnaire de l'espace, renforcement de son identité au plan local ou plus large. ~étude de 1996 sur les Parcs nationaux de la Vanoise, des Ecrins et des Pyrénées a montré, par exemple, que si le territoire « parc» était reconnu, l'institution « Parc» était pour sa part méconnue.

- Les liens de l'institution avec son environnement : répartition des rôles avec les partenaires socioéconomiques et institutionnels (Office national des Forêts, Direction Départementale de l'Agriculture et de la Forêt, Direction Départementale de l'Equipement), les collectivités territoriales, les liens avec d'autres espaces protégés. On pourra aussi utiliser l'étude de fréquentation pour mesurer l'incidence de ruptures dans les équilibres locaux (implantation industrielle, infrastructures de transport par exemple).

Le processus d'étude se déroule en plusieurs phases :

- La conception de l'étude (voir fiche 1.3) : C'est dans cette phase, essentiellement interne, que seront explorées les questions qui précèdent. Quelle sera l'utilité de l'enquête pour quels enjeux, sa place dans le plan de gestion, la pérennité à laquelle on s'engage ? Quelles sont les hypothèses fondatrices, ce que l'on sait, ce que l'on veut vérifier, ce que l'on veut explorer, ce qu'on en fera ? L:analyse du contexte et la prise en compte de l'environnement institutionnel et socio-économique ont ici leur importance : quels sont les partenariats possibles, quelles seraient les ruptures éventuelles ? Par exemple, un bouleversement du contexte local ou régional risque de briser la chaîne de continuité entre les différentes études et toutes les données ultérieures ne pourront pas être rapprochées de celles de l'enquête initiale. Cette phase de conception doit aboutir à l'élaboration du cahier des charges, à la sélection des partenaires (maîtres d'ouvrage et maîtres d'oeuvre), aux choix méthodologiques.

- La préparation logistique (voir fiche 2.2) : Il ne faut pas sous-estimer le poids d'une telle étude pour le gestionnaire de l'espace: même en cas de sous-traitance à des sociétés spécialisées, son implication sera forte que ce soit au plan financier, humain, matériel et en temps passé. La planification attentive des besoins d'organisation est essentielle pour le bon déroulement de l'étude ... et pour l'acceptabilité de ses résultats.

- Le recueil des données : C'est la phase terrain proprement dite, avec la mise en oeuvre des outils méthodologiques, la logistique, les moyens financiers, matériels et humains.

Pour que cette étape se déroule de façon optimale, de nombreux aspects de l'enquête doivent avoir été envisagés préalablement à sa mise en oeuvre effective. Des questions aussi simples que la gestion des enquêteurs en cas de conditions climatiques très défavorables obligeant à l'interruption du travail (report du jour d'enquête: où, quand, etc.) ou encore la formation qu'auront suivie les enquêteurs (si l'on a recours à un personnel non professionnel) seront à cet égard déterminantes. Elles doivent être préparées de manière à savoir parer au maximum d'imprévus et réagir aux mêmes situations de façon identique. Il est donc souhaitable d'organiser un « briefing» (c'est-à-dire l'ensemble des instructions données aux enquêteurs). Cette phase permet d'améliorer le travail de l'enquêteur et consiste à :

• déchiffrer le questionnaire ;

• attirer l'attention des enquêteurs sur les points difficiles ;

• imaginer les situations auxquelles risque d'être confronté l'enquêteur et à prévoir la façon d'y réagir.


Le recueil des données s'achève par le récolement des questionnaires : il s'agit ici de vérifier chaque questionnaire (les numéros, les dates, l'emplacement des croix) pour lever toute ambiguïté au moment de la saisie informatique. Cette relecture (assez longue et fastidieuse) peut se faire à la fin de l'enquête. Il est préférable, néanmoins, de l'effectuer au fur et à mesure, pour corriger en temps réel d'éventuels biais (questions mal posées, biais d'enquêteur, ... ) 2

- Le traitement et la définition des variables clé (voir fiche 2.2) : A partir du recueil des données, c'est l'ensemble du travail statistique, du calcul d'indicateurs synthétiques (ratios, groupes typologiques, etc.). Il importe ici de s'assurer d'abord de la représentativité des échantillons sur lesquels on travaille. Des seuils d'effectifs minimum par famille ou par profils, doivent être définis en fonction des univers analysés. Par ailleurs, une certaine constance dans le traitement est nécessaire pour ne pas réinventer de nouveaux ratios ou de nouvelles méthodes d'analyse à chaque étude, en particulier dans le cas où le prestataire sous-traitant change d'une étude à l'autre. Cette étape se déroulera d'autant mieux qu'elle aura été convenablement préparée: identification des variables et des modalités qu'elles peuvent prendre, précodage du questionnaire, établissement d'un bordereau de dépouillement en prévision de la saisie informatique. Cette préparation sera confiée à un organisme extérieur mais il importe de l'avoir à l'esprit: le gestionnaire peut ressentir le besoin de « retourner» aux données quelque temps après l'intervention de cet organisme. Il lui importera alors de savoir comment le questionnaire a été codé, ne serait-ce que pour pouvoir lire les données.

- L'analyse et l'interprétation des résultats (voir fiche 2.4) : Cette étape est capitale: il s'agit de tirer de l'enquête sa vraie substance. Dans un premier temps, il importe de partir des résultats bruts. On procède donc d'abord à une mise à plat des résultats. Les erreurs ou les limites sont détectées. On peut confronter les observations et les mesures de l'expérience des gens de terrain, en particulier pour les sites où les observations sont faibles ou sujettes à caution.

Ce rapprochement des statistiques avec l'expérience est important pour plusieurs raisons: il permet de garder le lien avec la réalité (il s'agit d'expliquer le réel et non de construire une abstraction), il rend possible la pondération des observations et la mise en évidence des éventuelles anomalies. Il permet enfin d'associer le personnel de l'Espace à une étude qui engage directement.

Finalement, on rapproche les résultats de ceux des enquêtes précédentes, on actualise voire pondère les ratios, on prolonge et interprète les tendances.
Il importe ici de ne « faire dire » aux données que ce qu'elles « disent » effectivement. En d'autres termes, il faut être prudent dans l'analyse des chiffres. Un pourcentage par exemple peut parfois cacher une base quantitative très faible et donc être d'une fiabilité finalement médiocre.

Plus que les tableaux de données parfois peu lisibles et souvent indigestes, on privilégiera les représentations graphiques qui facilitent l'analyse (voir pg 2.4.2.3): on utilisera la représentation cartographique autant pour l'analyse que pour la restitution des résultats: elle donne une vision claire du territoire et de ses enjeux. Elle permet de visualiser à la fois les données géographiques du territoire, les éléments propres à chaque site et les différents flux selon leur nature.

 

 

- La restitution (voir fiche 2.5) : elle doit être prévue très en amont : qui seront les publics destinataires des résultats, pour quels usages et sous quelles formes ? Ces formes seront variables selon que la restitution s'adresse au personnel scientifique, aux gestionnaires, aux partenaires de l'espace ou au grand public (journalistes). Il ne faut pas sous-estimer le poids, en particulier budgétaire, de la restitution des résultats: mieux vaut peu de résultats correctement restitués et donc utilisables (des idées fortes qui aideront l'action), qu'une pléthore d'informations qui restent finalement dans les dossiers.

Cette restitution devra être abondamment illustrée : des photos prises au cours de l'enquête (visiteurs, parkings, situations), des cartes, des graphiques et des schémas rendent vivantes et compréhensibles des statistiques qui peuvent être rébarbatives et finalement peu explicites. Pour faciliter le travail de stockage de l'information et de comparaison des résultats produits, la forme de la restitution devra avoir une certaine constance d'une étude à l'autre (cf. ci-dessus, la construction d'un référentiel commun).

 

 

- La prise de décision : les enseignements tirés de l'étude doivent au minimum être source de réflexion, devenir des éléments de dialogues, voire de débats, à la fois internes (orientations et applications) et externes (négociation et arbitrages). C'est de la compréhension que va naître l'action. Si les résultats de l'étude n'ont pas d'impact sur la connaissance globale chez le gestionnaire de l'espace, s'ils ne teintent pas dans la masse son organisation et sa réflexion, le principe même de l'étude de fréquentation pourra être remis en question

1 Sauf à vouloir mesurer l'incidence de ce bouleversement comme indiqué plus haut.
2 Exemple de question mal posée « quel a été le but de votre ballade, " (le répondant ne sait pas s'il s'agit de la destination finale, et dans ce cas comment vérifier ce qu'il comprend par destination, de ses motivations .. . ).

Quelques principes de mise en oeuvre


1.3.1 Des principes de prudence

- Il est indispensable de fonctionner par « faisceaux de preuves ». Une donnée n'est pas une vérité en soi: elle ne pourra être prise en compte de manière certaine que si elle se trouve confirmée par d'autres résultats ou d'autres analyses, ou encore par l'expérience du terrain. Cette nécessité de preuves convergentes pose d'emblée le problème du dimensionnement logistique et de l'organisation méthodologique de l'étude : le recueil de l'information doit prévoir des possibilités de recoupements multiples permettant de construire ces faisceaux de preuves.
- Il est également nécessaire de préciser ici la rigueur qui doit guider toute tentative d'extrapolation des résultats: ceux-ci ne peuvent être compris et projetés dans le temps qu'à environnement constant ou aux fluctuations minimales. En cas de rupture, celle-ci devra être prise en compte dans l'interprétation et le recadrage des études suivantes.

- Ces orientations définissent le dimensionnement optimal de l'étude et sa fréquence de renouvellement dans le temps.

1.3.2 Privilégier la diversité et la compatibilité

- L'étude de fréquentation se réalise à l'évidence dans un contexte de moyens limités : il est impossible de tout analyser et de tout observer. Il importe donc de faire des choix qui s'ajoutent, se complètent et se programment dans le temps. De même, il peut être nécessaire d'avoir une approche différenciée de l'espace selon les sites et les points d'accès à l'espace selon les vallées et les périodes.

- Ces contraintes imposent de mettre en place des outils compatibles dans le temps et dans l'espace : si l'on veut comparer 2 points d'accès ou 2 enquêtes successives, les bases de comparaison doivent être identiques et stables.

- Cette intégration de la diversité permet d'éviter de ne travailler qu'à partir de résultats globaux rapidement limités dans une perspective de gestion de l'espace, mais de développer une connaissance fine, site par site, accès par accès.

- Cette approche par la complémentarité permettra en outre d'alterner (et d'espacer) des enquêtes lourdes, engageant beaucoup de moyens, avec des relevés intermédiaires, plus légers. Létude doit donc permettre de déterminer les indicateurs qui doivent ainsi être mesurés à intervalles réguliers pour suivre l'évolution des tendances essentielles (par exemple le besoin d'assistance ou de repères, le nombre de visiteurs « contemplatifs» qui restent sur les parkings, le nombre de familles, de visiteurs étrangers, ou au contraire de visiteurs locaux, etc.)

1.3.3 Construire la base quantitative d'abord

- Le point de départ de l'étude de fréquentation, comme sa légitimité première (cf. la phase 1 de l'évolution) est la connaissance quantitative des visiteurs: combien sont-ils, où et à quelles périodes ?

- Cette base quantitative sera, par ailleurs indispensable dans le traitement de l'étude pour « caler » les observations, pour en orienter les développements: par exemple, on multipliera les observations, y compris qualitatives, sur un site fortement fréquenté, on les limitera, voire on en fera l'impasse, sur un site qui l'est moins.

- Il est donc indispensable de se doter d'un outil de comptage permanent, heure par heure, pendant toute la période de l'enquête. Dans la plupart des cas, la base de cette connaissance quantitative de la fréquentation pourra être le comptage routier. C'est un outil statistique simple et fiable mais il existe d'autres moyens, tels le tourniquet ou encore le compteur à infra-rouge, qui nécessite, quant à lui, la présence d'une porte (passage obligé), une source d'énergie et du personnel disponible sur place.

- Ce sera donc le plus souvent à partir du comptage routier que s'échafaudera l'ensemble de la connaissance de la fréquentation, y compris pour les parties les plus reculées ou centrales de l'espace. Sa mise en oeuvre doit tenir compte de la topographie du lieu, de l'orientation des axes rou tiers, des types de trafic (traversants, locaux, occasionnels), des événements locaux (fêtes de villages, présence de centres commerciaux etc .. ).

- Pour déterminer les points de comptage, il peut être utile de repérer les points de rupture de charge (arrêts de transports en commun, parkings, abris et refuges éventuels) ou de bifurcation (nationales- départementales, jonctions de sentiers). Ces lieux peuvent focaliser des demandes d'équipements ou de signalétiques spécifiques. Le savoir-faire de logisticiens peut être utile dans la conception de l'étude (sociétés de transport, distribution).

1.3.4 Avoir une volonté de partenariat (DDE, CDT, université, etc.)

- L'intérêt d'une étude ouverte sur l'extérieur, qui intègre des données externes, a été explicité ci-dessus. Elle impose néanmoins des moyens plus conséquents qui peuvent dépasser ceux disponibles en interne. Ce type d'enquête demande donc de mettre en place des partenariats externes, qu'ils interviennent aux plans technique, matériel, financier, humain, ou sur le plan des échanges d'expériences.

- Par exemple, les différentes enquêtes réalisées par les parcs nationaux ont conduit à des partenariats étroits avec la DDE locale : échange de données, traitement des informations en échange de prêt de matériel (l'expérience de la DDE en matière de comptage routiers est précieuse pour les gestionnaires d'espaces protégés). De même, les connaissances statistiques et les savoir-faire d'études disponibles dans les universités de la région peuvent être judicieusement mis à contribution, sans parler de l'utilisation éventuelle d'étudiants pour la mise en oeuvre.

- La collaboration peut être étendue à d'autres partenaires locaux: ainsi, il existe souvent des sources statistiques disponibles localement, parfois dans des endroits inattendus (partenaires touristiques, socioprofessionnels, etc.). Par exemple, le Club Alpin Français conserve dans ses archives les statistiques de fréquentation de tel ou tel massif depuis plus de 100 ans. Même si les données ne sont pas toujours comparables ni compatibles, même si les méthodologies diffèrent, cet apport extérieur vient enrichir et relativiser l'analyse.

- Dans l'hypothèse d'un partenariat inter-espaces (espaces de statut identique ou différent), il peut être utile d'intégrer au montage de l'étude (objectifs, cadrage de l'étude, analyse des données, moyens) des institutions plus globales, telles l'Union Européenne, les Ministères, le Muséum National d'Histoire Naturelle, qui peuvent trouver un intérêt à des analyses transversales.

- Néanmoins, il ne faut pas perdre de vue qu'il ne s'agit pas d'une enquête « omnibus» : il conviendra d'éviter que les partenaires ajoutent leurs questions au questionnaire qui perdrait ainsi de son homogénéité et de sa cohérence.